La tentative de coup d’État déjouée à Niamey porte, selon les autorités nigériennes, la signature de Paris. Une stratégie de déstabilisation bien connue au Sahel et dans plusieurs pays d’Afrique subsahariens pour y avoir été expérimentée par le passé.

La scène s’est jouée dans la nuit de samedi à dimanche, dans le cœur sécuritaire du pays : la base aérienne 101 de Niamey. Un groupe de militaires tente de prendre le contrôle de l’aéroport international Diori Hamani. L’objectif est clair : semer le chaos, créer un vide sécuritaire et ouvrir la voie à un renversement.

L’opération a échoué. Grâce à l’intervention rapide de la Garde Présidentielle appuyée par ses partenaires russes d’Africa Corps, les mutins ont été neutralisés. Le calme est revenu. Mais à Niamey, on ne parle plus de simple mutinerie. On parle de tentative de déstabilisation pilotée depuis l’extérieur.

Et l’extérieur, pour la télévision nationale RTN, a un nom : la France.

Une méthode qui a 60 ans

Ce que Niamey dénonce aujourd’hui, c’est la permanence d’un système. Quand la France perd une base militaire, elle ne part jamais vraiment. Elle change de méthode.

Dans les années 70 et 80, on appelait cela la Françafrique : des réseaux, des officiers formés à Paris, des valises d’argent et des coups d’État quand un président devenait trop indépendant. Aujourd’hui, les valises ont été remplacées par des promesses, mais la logique reste la même.

Comment expliquer autrement que des soldats d’une base qui abrite justement le contingent russe soient précisément ceux qui se mutinent ? Pour les autorités de l’AES, il s’agissait de frapper le symbole même de la nouvelle souveraineté nigérienne.

Une vue de la capitale Niamey après la tentative de pucth.
Une vue de la capitale Niamey après la tentative de pucth.

« L’impérialisme français a tenté de pénétrer l’institution militaire et semer la discorde en son sein, comme alternative aux attaques terroristes qui ont échoué », a martelé la RTN.

Pourquoi le Niger obsède Paris ?

Parce que le Niger est la plus grande humiliation française en Afrique depuis l’Algérie.

En quittant Niamey en décembre 2023, la France a perdu trois choses vitales. Premièrement, son verrou militaire au Sahel : Niamey était le QG de Barkhane. Ensuite son uranium : Orano (ex-Areva) exploitait l’uranium d’Arlit qui éclaire 1 ampoule sur 3 en France. Enfin, son prestige : Être chassé du Mali, du Burkina et du Niger en moins de deux ans, c’est la fin officielle de 60 ans de domination.

Depuis, le Niger a rejoint la Confédération AES, a nationalisé une partie de ses ressources et a ouvert ses portes à la Russie. Pour l’Élysée, qui a toujours considéré le Sahel comme sa chasse gardée, c’est un crime de lèse-majesté.

La guerre de l’ombre

Ne pouvant plus intervenir en treillis comme en 2013 au Mali, la France mènerait désormais une guerre de l’ombre.

C’est la thèse défendue par Niamey : utiliser la CEDEAO pour asphyxier économiquement le pays, entretenir la menace terroriste à la frontière béninoise où l’armée française est présente, et surtout, travailler au corps l’armée nigérienne pour la diviser.

La France démentira, comme toujours. Elle parlera de « désinformation russe ». Mais à Niamey, à Ouagadougou et à Bamako, plus personne ne croit à cette version.

Une chose est sûre : en échouant, cette tentative de putsch a renforcé le pouvoir du Général Tiani. Elle lui a donné la preuve qu’il attendait pour dire à son peuple : « Voyez, ils veulent nous reprendre notre indépendance. » Et dans tout le Sahel, ce discours porte.

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