Elle est la capitale économique, le poumon du Cameroun, la ville qui génère près de 60% des recettes fiscales. Pourtant, Douala ne fait plus rêver personne. Ni ses habitants qui la subissent, ni les visiteurs. Surnommé autrefois la coquette pour sa propreté, la ville qui attirait les habitants de l’intérieur du pays et d’ailleurs est devenue l’ombre d’elle-même.

Une ville sans identité

Qu’est-ce qui attire véritablement à Douala ? Posez la question à un jeune du quartier Bonabéri, Bonamoussadi, Bonapriso, New-Bell, Bédi, à un cadre de Bonanjo ou à un touriste débarqué à l’aéroport. Le silence est la seule réponse.

Presque rien d’intéressant à mettre sous la dent. Aucun circuit touristique structuré, aucun musée rénové. A l’exception du Musée maritime de Douala, espace culturel situé au cœur du quartier administratif de Bonanjo à l’architecture futuriste qui présente l’histoire portuaire et maritime du Cameroun, principalement du port autonome de Douala. Ainsi que les échanges commerciaux entre cette institution et l’extérieur du pays. Le reste, c’est le vide.

Douala, traversé par le fleuve Wouri, est une ville dont la construction ne s’est pas reposée sur ses atouts naturels. Aucun front de mer aménagé pour valoriser son image et offrir à ses habitants et visiteurs un endroit propice pour réduire l’anxiété et le stress qui fait partie des premières souffrances quotidiennes de cette ville.

Pas de lieux publics

En effet, on s’en nuit le weekend dans cette métropole de près de 4 millions d’habitants sans véritable parc urbain, sans jardin public digne de ce nom, encore moins d’espace de jeux et de loisirs accessible aux familles.

Bref, le dimanche, Douala est nase. Aucun endroit public où emmener sa famille. Ni pour s’assoir avec des amis et les enfants pour se refaire les idées quand on stresse dans la maison. Le seul et rare espace public pouvant offrir cette possibilité reste le jardin public de Bonanjo à la place du gouvernement laissé par les colons. On pouvait compter celui de Bonassama, construit par la Communauté Urbaine de Douala(CUD). Mais, il s’avère trop petit pour accueillir toute la population de cette partie de la ville .

Les moto-taxis sont aujourd’hui le moyen de locomotion le plus utilisé par les populations des quartiers populaires.
Les moto-taxis sont aujourd’hui le moyen de locomotion le plus utilisé par les populations des quartiers populaires.

L’espace public de Bonamoussadi au quartier Nord de la ville, réservé à cet effet, qui devait pallier à ce manque a été cédé en grande partie aux privés pour leurs activités commerciales. La réserve forestière du Bois des singes, puit de carbone et réservoir d’oxygène et de fraîcheur de la ville, en même temps espace d’observation scientifique qui était une curiosité pour les visiteurs, servait d’études aux étudiants en eaux et forêts pour ses multiples espèces et de sensibilisation au respect de l’environnement aux citoyens, a été rasée dans toute l’illégalité par les populations au nez et à la barbe des autorités administratives pour laisser place à un quartier insalubre aux habitations de fortune.

La ville de la débrouille permanente

L’attractivité d’une ville, c’est d’abord le quotidien. Circuler est un calvaire à Douala. De PK14 à Akwa à 7h du matin, il faut 2h30. Pas de transport de masse, pas de tramway, ni de bus moderne tant promis par la mairie de la ville pour réduire les embouteillages. Seulement des mototaxis communément appelés benskins et des taxis surchargés. Avec une voirie urbaine qui devient un gruyère dans certains quartiers à chaque saison des pluies rendant ces lieux presqu’inaccessibles. Un calvaire vécu quotidiennement par les populations de Bonendalè, quartier périphérique situé à l’Ouest de cette cité, ainsi que plusieurs autres habitants des banlieues du côté Est.

Ville insalubre.

Douala est sale. Les drains bouchés, les ordures ménagères inondent les rues. Ces immondices dont la gestion demeure un casse-tête pour les autorités municipales de la ville trainent parfois des jours avant d’être collectées, laissant une image désagréable aux yeux des visiteurs.

À la première pluie, la ville est inondée. Malgré les opérations de curage des caniveaux faites à chaque début de saison de pluie. Le niveau d’obstruction des égouts par les déchets ayant atteint son paroxysme. L’électricité est coupée de manière intempestive. On peut rester toute une journée durant sans cette énergie vitale et indispensable pour les populations. L’eau ne coule pas dans les robinets. Plusieurs quartiers en sont privés. La mode est à la construction des forages par des particuliers. Jouxtant très souvent les fosses septiques,sans respect des normes. Nombreux parmi eux sont devenus pour la circonstance des distributeurs. Suppléant ainsi Camwater, la société en charge de fournir de l’eau aux populations dont l’alimentation ne parvient pas à certains quartiers de la ville. Comment attirer un investisseur dans ce genre d’environnement quand on ne peut pas garantir l’approvisionnement en eau et 24h de courant aux populations ?

A Douala, se divertir est un luxe.

Tout est payant, cher et privé. Pas de bibliothèque municipale fonctionnelle, pas de centre culturel de quartier, pas de salle de sport publique. Si tu n’as pas d’argent pour  t’assoir au bar, aller en boîte ou au restaurant, Douala ne t’offre rien.La ville attire par nécessité, pas par envie. On y vient pour chercher du travail, pas pour y vivre bien. Dès qu’ils le peuvent, les jeunes rêvent de partir ailleurs . A Limbé et Kribi pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas s’expatrier où ils auront une vie meilleure. Les cadres n’y restent que la semaine.

Une capitale économique devrait avoir  un centre des affaires moderne, une marina, un front lagunaire, des espaces verts et de sports, une vie nocturne sécurisée, un plan de circulation. Douala a un port embouteillé, les marchés anarchiques érigés de manière spontanée à lisière des chaussées. Au risque de voir les commerçants occupant ces lieux se faire percuter par des véhicules. Toute tentative de déguerpissement par la mairie ayant été soldée par l’échec. Manque de fermeté ou d’une politique de recasement appelé à les trouver un espace plus sécurisé? La question demeure.

Musée maritime de Douala, l’un des rares bâtiments à l’architecture futuriste qui fait la fierté de la ville.
Musée maritime de Douala, l’un des rares bâtiments à l’architecture futuriste qui fait la fierté de la ville.

Il faut réinventer la ville de Douala

Le problème de Douala n’est pas son peuple, travailleur et créatif. Le problème est l’absence de vision urbaine depuis 30 ans. On a construit des immeubles sans construire une ville. Erigé de gros bâtiments sans penser à d’autres infrastructures de base sensées favoriser au bien-être des populations et à leur épanouissement. Sans véritable plan directeur.

A l’absence des logements sociaux garantissant l’accès à un habitat adorable pour les ménages à revenus modestes et une maîtrise de l’étalement urbain par les responsables de cette municipalité, c’est la débrouillardise. Chacun, par ses propres moyens, après s’être octroyé un lopin de terre, se bâtit un logis. Des verrues urbaines qui ne tiennent pas compte de l’harmonie et la beauté de la ville. Du coup, on a plutôt droit à un visage désastreux. On étouffe. La ville n’est pas aérée. Les voies publiques et les égouts, à certains endroits sont empiétés par ces constructions, si elles ne sont pas simplement obstruées.

Pour redevenir attractive, Douala a besoin d’une thérapie choc. Premièrement, un choc écologique, un vrai programme de drainage des eaux, de gestion des déchets et de création d’au moins cinq grands parcs urbains.

Ensuite, un choc mobilité grâce à des bus rapides (BRT) pouvant aller d’une extrémité à une autre de la ville. L’aménagement de la voirie urbaine dont une bonne partie est en dégradation. Avec des échangeurs digne de ce nom à Ndokoti, au Rond-point Deïdo et à d’autres zones sensibles à grande circulation. La construction des parkings publics pour libérer les trottoirs et la chaussée des stationnements encombrants et sécuriser les passages des piétons. Penser à l’achèvement des chantiers à l’abandon.

Enfin, un choc culturel. Aménager le bord du Wouri. Le chantier en cours d’une route sur les berges de ce fleuve mythique lancé par la CUD est à encourager.  Réhabiliter certains bâtiments anciens et patrimoniales et transformer Bonanjo en vrai centre historique visitable. Créer des espaces de sports, de loisirs et d’expression artistique dans tous arrondissements et quartiers.

Pour y arriver la Communauté urbaine de Douala doit avoir le courage de casser les habitations à des endroits jugés peu accommodants et de reloger leurs occupants dans les zones plus confortables. Si possible acheter des espaces aux particuliers à l’intérieur de la ville avec une compensation des endroits plus attrayants en périphérie. Exploiter ensuite ces espaces récupérés par ces chemins multiformes pour la construction des infrastructures manquantes à la cité.

Car, tant que Douala sera juste un lieu où on vient gagner de l’argent pour aller le dépenser ailleurs, elle restera une ville de passage. Et une ville de passage ne devient jamais une grande ville.

Félix Epée