Le président du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) a été sans ménagement à l’endroit du gouvernement au cours de la rentrée économique 2026 de son organisation tenue le 10 septembre à Douala sur les nombreuses coupures d’électricité que vivent au quotidien les camerounais et les industriels du pays.

Le diagnostic est sans appel. Devant la presse et les opérateurs économiques, le patron des patrons a résumé la situation énergétique en une phrase choc. « Sans électricité, on ne peut pas produire de la richesse ». De surcroît, il n’y a pas de PIB, renchérit-il. Une situation de nature à inquiéter davantage les populations et l’ensemble des créateurs de richesse dont cette énergie est vitale pour le fonctionnement de leur entreprise.

Le président du groupe du Gecam n’a pas oublié le reste de la population qui souffre du même malaise. «Les enfants ont besoin d’énergie pour aller à l’école. Les artisans en ont besoin pour leurs activités au quartier».

Le transport, un des plus grand problème énergétique du Cameroun.
Le transport, un des plus grand problème énergétique du Cameroun.

Cependant, l’Etat, nous dit-il, a paradoxalement besoin davantage d’argent. Où le prendra-t-il ? Ce sont des situations qui sont au-delà de régler les problèmes. S’inquiète-t-il.

Une économie sous perfusion des groupes électrogènes

Pour cette organisation, qui représente plus de 1000 entreprises et 90% du secteur privé formel camerounais, l’électricité est devenue la contrainte opérationnelle numéro 1. Selon les chiffres avancés par Célestin Tawamba, 65% des entreprises camerounaises recourent désormais aux groupes électrogènes pour faire face aux coupures et aux perturbations de l’approvisionnement. Et les petits artisans qui n’ont de quoi s’acheter un groupe électrogène reste les bras croisés à ne rien faire toute la journée pendant les coupures jusqu’à ce que la lumière revienne. Ce qui leur crée un grand manque à gagner dont l’Etat ne tient pas compte lorsqu’ils doivent s’acquitter de leurs impôts.

Plus grave, près de 80% des entreprises identifient le déficit électrique comme leur principale contrainte opérationnelle, malgré les investissements réalisés dans les infrastructures.

Une vue du barrage Nachtigal, une des infrastructures qui a engloutit plusieurs milliar de francs Cfa sans apporte un véritable changement aux coupures d’électricité des ménages camerounais.
Une vue du barrage Nachtigal, une des infrastructures qui a engloutit plusieurs milliar de francs Cfa sans apporte un véritable changement aux coupures d’électricité des ménages camerounais.

Une situation qui plombe directement la compétitivité. D’après le patronat, produire de l’électricité à partir d’un groupe électrogène coûte entre 200 et 350 FCFA le kWh, contre 50 à 99 FCFA pour le tarif industriel du réseau. À cela s’ajoutent carburant, maintenance et réparations.

Et il y a, pour pallier à cette absence d’énergie électrique, des chefs d’entreprise dont les dépenses vont à plus du million le mois en carburant, gasoil, entretien et fonctionnement de leur groupe électrogène.

Le paradoxe camerounais

« Plus on investit, plus on parle d’argent, moins il y a d’électricité », déclare-t-il. Le cri d’alarme intervient alors que le Cameroun a massivement investi. Non seulement, pour la construction du barrage de Nachtigal d’une capacité de 420 MW qui a coûté 786 milliards FCFA à l’Etat du Cameroun. En plus pour le renforcement des réseaux de transport et le Plan de redressement du secteur de l’électricité dont le coût s’est élèvé à 400 milliards FCFA sur la période allant de 2023 à 2027. Les investissements qui, jusque là, n’ont pas encore produit les effets attendus sur la qualité de service.

C’est ce paradoxe que Célestin Tawamba avait déjà dénoncé le 22 janvier 2026 à Douala, face au ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba qui avait rassuré les chefs d’entreprise en leur donnant un délai auquel ils n’auront plus de coupures. Curieusement, la situation s’est plutôt aggravée. A affirmé le patron des patrons.

Les coupures n’interviennent plus uniquement en saison sèche pendant l’étiage comme il était de coutume mais elles sont faites même en saison des pluies où les populations étaient supposées connaître un moment de répit.

Depuis, le ton est monté. Face aux coupures persistantes. Le président du GECAM a interpellé directement la SOCADEL, la Société camerounaise d’Électricité, avec un message sans détour. « Remettez-nous la lumière! » Tout n’émettant le doute et ironisant sur une issue favorable à la reprise par l’Etat de cette entreprise. « Il ne suffit pas d’échanger de nom. J’attendrai le jour qu’on me dira que le public peut mieux gérer que le privé. Ça peut arriver mais c’est rare».

Malagré de nombreuses coupures qu’ils subissent au quotidien, les ménages camerounais n’échappent pas, en cas de non ou retard de paiement de leurs factures, à la suspension de l’énergie électrique de la part de la Socadel, l’entreprise distributrice.
Malagré de nombreuses coupures qu’ils subissent au quotidien, les ménages camerounais n’échappent pas, en cas de non ou retard de paiement de leurs factures, à la suspension de l’énergie électrique de la part de la Socadel, l’entreprise distributrice.

Les entreprises ont besoin de visibilité. Si rien ne change, il faudra dire aux investisseurs de cesser de venir, a-t-il averti. « Plus nous parlons, plus la situation se dégrade ».

Un frein à l’industrialisation

Pour Célestin Tawamba, élu à la tête du GECAM en avril 2024 après la fusion du GICAM et de l’ECAM, la question énergétique dépasse le simple désagrément technique. C’est un frein majeur à l’industrialisation et à la croissance.

«C’est une situation qui devient psychologiquement inacceptable. Ceux qui sont aux affaires savent ce qu’il faut pour donner la lumière aux camerounais. Il faut qu’il le fasse» , déclare le président du Gecam.

Car, comme il aime bien le rappeler, aucune politique d’import-substitution, aucun plan d’industrialisation ne peut réussir dans le noir.

Félix Épée